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La relative sagesse du pigeon

Dans ma chasse aux idées noires, j’ai trouvé des alliés de choix : un pigeon parisien, Laura Willowes et un petit coup de Redford.

Alors que je cherchais une bonne excuse pour ne pas enfiler mes baskets, un pigeon se posa sur la rambarde pour m’observer de son œil rond et moqueur : «alors tu vas y aller oui ou non ? Et quelles bonnes excuses vas tu encore nous inventer pour justifier ton inertie?». Je partis en haussant les épaules. Je m’en foutais de ce pigeon: il manquerait plus que je commence à m’en faire de ce que pensent les pigeons…

Quelques heures plus tard, démoralisée par une journée supplémentaire en absurdie, j’ouvre les fenêtres : mon pigeon est de retour ! Toujours aussi railleur: «pas l’air efficace ton changement de disque, Miss Zen: si tu arrêtais de te raconter des histoires. Et si tu crois que le Docteur Shepperd va vraiment te consoler, tu es encore plus pigeon que moi». Quel emmerdeur ce pigeon: fallait encore que je tombe sur le seul modèle «détecteur de pensées»!

Je me jette dans mon fauteuil pour m’abriter dans les pages de «Laura Willowes». Je gardais ce livre précieusement, en cas d’urgence, car conseillé par Agnes Desarthe dont j’avais intensément aimé son « Mangez-moi ». Et je savais que ce «Laura Willowes» serait un bijou, un baume contre le découragement.
Cette lecture est un refuge : Laura, surnommée par toute sa famille «Tante Lolly», étouffe et se fane dans cette vie raisonnable, imposée à coups de bons sentiments par son frère et sa belle-soeur. Jusqu’au jour où la brave Lolly dit non, cale son frère contre un mur, réclame son dû et s’en va vivre sa vie dans la plus reculée, la plus isolée des campagnes anglaises. Laura est libre : «elle s’agenouilla au milieu du champ et approcha son visage pour mieux sentir leur parfum. L’espace d’un instant, le poids de toutes les années sans joie la fit s’incliner vers la terre ; elle tremblait, comprenant pour la première fois combien elle avait été malheureuse ; l’instant d’après, elle se sentit libérée. C’était terminé et pour toujours, ça n’avait jamais existé. Des larmes de gratitude ruisselaient sur son visage. Chaque fois qu’elle respirait, le parfum des coucous emplissait ses poumons et l’absolvait. Elle avait changé, elle le savait. Elle était plus humble, plus simple. Elle n’éprouvait plus le besoin de triompher mentalement de ses tyrans et ne tirait plus de satisfaction de les avoir outragés…».

Mon pigeon avait beau rire, j’ai quand même trouvé du réconfort dans les yeux de Robert Reford.
«Une vie inachevée» est sauvé par le parfait duo entre Redford et Freeman mais Jennifer Lopez gâche un peu l’émotion, elle n’est pas crédible et manque de subtilité. Redford et Freeman sont splendides – le dialogue de fin est un hymne à l’indulgence: pardonner et se pardonner, donner une chance et se donner une chance.

7 réflexions au sujet de « La relative sagesse du pigeon »

  1. Une existence subie, faite de contraintes et d’obligations imposées par les autres, a un goût dont l’amertume n’a d’égal que celui des amandes contenues à l’intérieur des noyaux de pêche. Ceux qui enfants ont, ne serait-ce qu’une fois, transgressé la surveillance parentale pour y goûter savent de quoi je parle et ô combien la comparaison est loin d’être pâle, quand on sait que les maudites graines, que même les pigeons dédaignent, ne contiennent rien de moins que du cyanure sous leur forme ovale !La famille de Laura s’appelait-elle aussi Willowes ? Dommage d’imaginer pareille maladresse de l’auteur, sapant tout l’a propos de l’association subtile de la condition de souffre-douleur avec la posture évocatrice du saule pleureur…

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  2. J’aurais pu lire le meme livre que toi a quelque hesitation pres…J’aime cependant beaucoup ce que tu ecris juste en-dessous de la couv.’Peut-etre vais-je finalement retourner a la librairie plus tot que prevu : )g.

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  3. Si tu pouvais demander à ton pigeon comment soigner ses congénères lorsque j’en récupère un agonisant dans la rue, ça m’arrangerait…parce que j’en suis à mon 4ème qui trépasse malgré mes soins (le dernier a « duré » 8 jours, a même été emmené en vélo chez le véto et a qd même trépassé sans que je comprenne pourquoi)Et j’ai dévoré le bouquin, sinon!

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  4. Ilou : heureusement il semble avoir disparu mon pigeon…..Flabber : ah oui la famille s’appelle aussi Willowes…..parfois il faut croquer ce noyau pour comprendre ce qu’il convient de faire, aller jusqu’au centre pour mieux se situer ?G. vas-y – c’est un personnage qui eblouit surtout nous, les bons petits soldatsLa bureautiere : il y a un tireur dans ton quartier ?Je suis ravie que tu aies aime ce livre. Bisous

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  5. Te voilà pigeonnée! Cela dit, ce que tu fais dire au pigeon n’est qu’une projection de ce que tu penses, de ta conscience … un peu comme quand on se remet en question devant un miroir parce qu’on y voit un regard.

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