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De l’autre côté du miroir

Je ne rêvais que de mon lit et pourtant une force étrange m’a poussé dans un avion pour Ljubljana. Que savais-je de cette petite capitale des Balkans ? Rien.
Mon docteur avait insisté pour un arrêt de travail mais dans un grand numéro, digne de la Dame aux camélias, une main sur le front, l’autre sur la gorge, je refusais fermement. Une petite voix me disait de tenir bon. Dopée comme un cheval de course, j’ai décollé pour la Slovénie. Je vous épargne le flash Wikipedia sur ce petit pays.

Le voyage fut pénible. Il commença par une petite altercation avec des hommes ivres, assis à ma place qui prétendaient que les sièges n’étaient pas numérotés. Alors que je leur faisais remarquer que nous n’étions pas dans un bus, ils se lèvent, me bousculent, éructent, le regard haineux. Je frissonne. C’est peut-être la fatigue, la fièvre.

À peine sortie de l’avion, je remercie déjà ma petite voix. Il fait nuit mais je sens les montagnes, je vois leurs sommets enneigés, je respire un air pur et vif. Je me sens mieux. J’ai envie de ski, de lac, de neige. Ce n’est pas au programme: je dois aller à la nouvelle agence, prêcher la bonne parole.
Cérémonie habituelle, présentations, sourires : je rencontre Ulla qui s’occupera de mon client dans cette région. Elle est jolie, souriante. Je la trouve gauche, maladroite, à la fois trop timide et trop exubérante mais toujours à contre-tempo. Je suis plus tolérante normalement. Je suis fatiguée, les médicaments m’agitent. J’ai envie de présenter à sa place, d’être plus percutante. Cela ne me ressemble pas non plus. Elle m’agace. J’accepte à contrecœur son invitation à dîner. Elle me propose de venir me chercher à l’hôtel pour faire un petit tour dans la ville avant le restau. Je préférerais me mettre au lit mais là encore ma petite voix se mêle de mes affaires.

Grâce à Ulla et son ami, je découvre une adorable petite ville : des airs de Prague et de Vienne, des maisons de couleurs, une jolie rivière, des cafés partout, des petites ruelles et des églises baroques. C’est ravissant. Ils sont heureux de vivre-là, ça se sent.

Pendant le repas, j’en apprends plus sur cette fille. Elle me ressemble en fait. Elle ne se sent pas à sa place dans son agence de pub. Sa franchise est déconcertante. Elle a fait des études scientifiques, elle aurait aimé aller jusqu’au PhD mais elle devait attendre 2 ans. Il fallait gagner sa vie, alors ce fut la pub. J’ai un peu honte de l’avoir trouvé nulle. Comme moi, elle n’y croit pas, tout simplement. Elle y croit peut-être encore moins que moi.
Avec son copain, ils parlent passionnément de leur pays : des stations de skis à 30 minutes, de la mer à 1h30. Ils sont fiers, ils sont jeunes, ils ont envie de bouffer le monde. Ils ont envie d’aller voir ailleurs pour comprendre, s’ouvrir. Ils sont allés en Afrique, ils ont eu honte de posséder autant de choses. Mais la vie est belle parce que le monde est grand et leur pays, petit et protègé au milieu de ses forets. Ils ont confiance, l’avenir leur sourit. Et moi aussi je souris dans la nuit froide de Ljubljana, je suis contente d’avoir écouté ma petite voix, d’avoir rencontré Ulla, d’avoir depassé le miroir des apparences professionnelles, d’être sortie de l’air humide et parfois si confiné de Paris. Mon rhume refuse de se rendre mais je suis revigorée…

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17 réflexions au sujet de « De l’autre côté du miroir »

  1. Et moi qui me disais « Miss zen est encore sous sa couette, elle ne va jamais en sortir… » Au lieu de ça, tu vas passer tes journées dans un lieu dont le nom est difficile à écrire mais où la vie a l’air tranquille… Tu es surprenante 😉

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  2. Quel courage ! Affronter le froid hivernal d’un pays de l’Est, la grossièreté brutale d’une bande d’ivrognes, la charge émotionnelle de rencontres et de situations nouvelles, le tout enchainé sans même l’espace d’une trêve… Quitte à paraître un peu douillet, je dirais que pour moi « dépasser le miroir des apparences professionnelles » aurait sans doute été d’accepter l’arrêt de travail du docteur ! :))

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  3. Ah oui, alors là, c’est chouette, à la fois de n’écouter que sa petite voix, à la fois de se laisser surprendre. J’adore que l’on me renvoie mes a priori à la figure, et que les gens me surprenne, ça enrichit.

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  4. Un petit rayon de soleil et une petite chanson (B.O darjeeling limited) et d’ailleurs ton petit cœur est réchauffe !! Courage pour cette semaine a venir – et f..k à ce vilain rhume qui n’en finit pas (j’ai le même chez moi depuis 1 semaine)

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  5. Oh dis donc, moi qui t’imaginais au fond de ton lit avec une bouillotte et un grog !Tu as eu raison, la Slovénie est magnifique, et au moins la pub te permet de voyager et de découvrir de nouveaux pays !

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  6. Je suis allée à Ljubljana pour des vacances il y a trois an. Très belle ville! Même malade, c´est vrai que cela à du te revigorer.

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  7. Mais tu me donnerais envie d’aller en Slovénie toi ! Moi j’ai un peu honte je n’imaginais pas cette ville ainsi, l’arrogance de l’occidentale, ouh j’ai honte !Bravo pour ton énergie !

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  8. Ficelle : j’ai bien cru que cela allait se finir sous la couette mais la puissance de la petite voix fut plus forte….Aude : merci j’ai passé un bon week-end au chaud et je suis débarrassée de mes microbes…Flabber : je sens comme une pointe ironie…. mais si on faisait toujours ce qui est raisonnable, on ne ferait pas grand chose. La vie serait bien morne sans nos petites failles persosNanikaa : je ne savais pas du tout, quelle coincidence !Stef : je devrais me le rappeler plus, j’ai si souvent tendance à rester en boule dans mon coin….May : c’est vraiment ça : se laisser surprendre et ne pas faire tout à fait comme d’habitude.Le Chat : c’est marrant que tu me poses cette question, je me vois pas du tout ainsi. Au contraire, j’ai toujours l’impression de roupiller un peu, de rester en boule. Bisous.Loukoum : merci, je vais mieux !Mulot : j’en ferais bien mon programme du jour….Bonne chance avec le ruhme.Marie Helene : tu as l’art du résumé romanesque.Toute Petite : objectifs totalement atteints !Anne-Elizabeth : oui, voyons le verre à moitié plein.Solenne : mystere des petits et grands hasards..Cerises et Fraises : c’est vraiment joli ! tu sais que je n’arrive jamais a me connecter sur ton blog mais en as-tu un ?Fauvette : j’etais un peu comme toi mais heureusement que la petite voix veillait…..

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  9. Il n’y a pas d’ironie, j’ai dû mal m’exprimer ; je voulais juste dire que poser des congés maladie, même légitimes, est devenu un tel tabou pour les cadres qu’entreprendre un voyage périlleux à l’autre bout du continent paraît moins risqué… 🙂

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