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Grandir

J’ai souvent évoqué ce vide que j’ai ressenti à la naissance de mon fils. Je me suis sentie tomber et pour la première fois de ma vie, je ne parvenais pas à réagir. J’avais toujours fait face aux coups durs grâce à une tornade d’activités : savant mélange de discipline et d’hédonisme.
Je me suis retrouvée pétrifiée par la peur, anéantie par la fatigue, pieds et poings liés par un sentiment d’impuissance. Je ne savais pas endosser mon rôle de mère, je ne savais pas comment. J’ai d’abord tenté de trouver le mode d’emploi auprès des pédiatres, homéopathes, ostéopathes, pharmaciens, médecins chinois, sages-femmes, espérant qu’ils me donneraient les clés de ce petit être dans une fiole.
Je me suis débattue longtemps avec ce sentiment d’impuissance, incapable de prendre ma place, otage des pleurs et des angoisses, toute décision devant être validée par une autorité supérieure, ne parvenant pas à m’imposer ou à imposer des limites. Je laissais Antoine guider mes jours et mes nuits, spectatrice frustrée et angoissée.
J’ai lentement pris conscience de cette paralysie, de cette incapacité à enfiler mon costume de maman : celle qui nourrit, lave, console mais aussi celle qui guide, éduque, montre, partage, autorise et interdit.

J’ai eu une première révélation en lisant un livre sur le sommeil « Mon enfant dort mal » de Marie-Josèphe Challamel et Marie Thirio (je remercie Wafa de m’avoir remis ce livre en tête). Ce livre m’a ouvert les yeux sur mon rôle. Quelques conseils et règles simples m’ont fait comprendre que je n’étais pas impuissante face à mon fils: je pouvais, je devais le guider.

Quelques jours plus tard, j’avais RDV chez le pédiatre de mes nièces. J’ai eu avec cet homme une conversation déterminante, un véritable échange basé sur une écoute très subtile. Alors que j’énumérais tous les petits maux d’Antoine et toutes les difficultés que je rencontrais, il m’a demandé « et vous qu’en pensez-vous ? ». Il m’a fait comprendre que c’était moi qui avais les clés de mon fils, moi qui savais quand dire non, quand dire oui. Je me suis sentie rassurée, décomplexée, investie, autorisée à dire non, à prendre mes décisions, à mettre des limites, à élever la voix si besoin, à lui dire « je ne te comprends pas » ou « tu m’énerves » ou « moi aussi je peux me mettre en colère »….

Antoine qui ne dormait plus, Antoine qui ne voulait plus de son transat, ni de son tapis d’éveil, Antoine qui piquait des crises quand je le posais dans sa poussette ou dans son lit, Antoine qui hurlait pour sa tétine. Antoine avait peut-être un peu mal aux dents, un peu mal au ventre mais Antoine se transformait en tyran pour remplir le vide dans lequel je le laissais évoluer. J’ai repris les rennes, j’ai mis des barrières, j’ai laissé pleurer même la nuit, j’ai dit non, j’ai montré qu’il y avait un chef. Je n’ai plus eu peur de le traumatiser. J’ai compris qu’être mère ce n’est pas être spectatrice et assistante.
Pas facile de le laisser pleurer, surtout la nuit, mais les résultats sont là. Après 3 nuits, Antoine n’appelle plus. Après 5 ou 6 jours, Antoine rejoue seul, babille avec ses peluches, bref il a retrouvé de l’autonomie. Il éclate de rire de plus en souvent, il est de plus en plus actif et entreprenant comme pour me rassurer, comme pour me montrer qu’il avait besoin de cette autorité, de ces quelques limites pour s’accrocher et grandir.
Moi aussi grâce à Antoine, je grandis….

13 réflexions au sujet de « Grandir »

  1. Ah ben je te comprends!!! Mes parents ont très gentillement gardé ma puce pendant mes deux mois de reprises (j'avoue j'avais du mal à lidée de laisser une pitchounette de 2.5 mois à une inconnue) et mes parents ont été très très à l'écoute de cette petite qui a très vite compris que pleurs= calins et attention portée vers elle.. résultats parfois à la maison, les crises sont fortes, mais , même si c'est dur, on la laisse pleurer quand même.. et elle fini par se calmer et recommancer à jouer.. J'en ai touché deux mots à mes parents, leur demandant d'être un peu moins « gateux » avec elle, mais c'est pas simple pour eux.. Maman me dit qu'elle est encore plus craintive pour la petite qu'elle ne l'était pour moi… une responsabilité en plus parce que ce n'est pas SA fille…
    Moi aussi j'apprends à mettre des limites, j'ai commencé pendant l'allaitement en espacant un peu les tétés, histoire de ne pas avoir ma puce au sein toutes les heures…c'est anti-allaitement mais tant pis…et puis maintenant ça continue avec les dodos dans sa chambre dans son lit, à l'heure où on la couche.. tout comme le réveil.. là, par exemple,j'entends qu'elle est réveillée, mais je n'irai pas encore la chercher.. j'attends encore un peu…
    Ah la la.. c'est dur d'être maman.. mais ça fait trop de bien de lire qu'on est pas seule…
    Bisous!!

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  2. Je découvre l'abîme dans lequel tu as sombré, je comprends, j'imagine combien cela a dû être difficile, épuisant et paralysant. Et je me demande pourquoi pour certaines c'est facile, inné, et pourquoi pour d'autres est-ce si compliqué? L'historique de la conception n'est pas anodin, j'imagine, et puis l'histoire de la maman aussi, c'est assez incroyable.

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  3. On dit qu'il faut beaucoup parler aux bébés, ne pas avoir peur de leur dire quand ça ne va pas et tu as réussi 🙂
    Bravo!
    Ma petite soeur n'aurait jamais pu laisser ses enfants pleurer. Son 1er a passé tout son temps dans ses bras petit.
    De mon côté, je laissais pleurer quand j'estimais qu'il n'avait plus de raison de pleurer (pour TiBiscuit)

    Pas sûr qu'une des méthodes soient mieux que l'autre car au final, les 2 petits garçons ont des comportements parfois identiques 😉

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  4. Les comportement de ton fils étaient toatlement normaux pour un bébé, qui n'a pas le mêe rythme de sommmeil, qui a besoin d'être rassuré, collé contre sa mère.

    En effet, quand on laisse pleurer un bébé, il finit par arrêter, car il intègre peu à peu que ça ne sert à rien de pleurer, puisque maman ne vient pas. Un bébé ne fait pas de caprice, ce n'est pas un tyran, juste un petit mammifère qui a besoin de sa mère jusqu'au sevrage, de sa chaleur, de son odeur, comme n'importe quel mammifère qui découvre avec peur le monde qui l'entoure.

    ces conseils sont très essaimés par les pédiatres, cette « mode » calquée sur la mode anglo-saxonne qui a fait fureur au siècle dernier (les inventeurs du landeau, alors qu'avant en france, on portait dans un sac sur le corps…et on dormait à 3 dans le même lit, mais qui s'en rappelle à part les historiens).

    Aujourd'hui on en revient à des méthodes plus douces, naturelles, universelles. En asie, en afrique, en amérique latine, au japon même, depuis l'aube des temps les enfants sont portés, dorment avec leur mère. Les bébés « maternés proximal » s'assoient plus vite, marchent plus vite, parlent plus vite et s'autonomisent plus vite que les autres, les médecins ayant un peu trotté autour du monde l'ont constaté et rapporté.

    Ils ont pris une réserve d'affection et se sentent en sécurité. Ce comportement me semble le bon sens universel, historique, animal, à l'opposé de l'obsession de séparer la mère de l'enfant, qui est un reliquat du patriarcat : une mère sans enfant aux basques est une mère disponible pour l'acte sexuel, et pour se reproduire à nouveau.

    😉

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  5. Et alors La400 ? Tu veux faire culpabiliser Miss Zen ? je ne comprends pas ton petit topo, même s'il se base sur des lectures que j'ai eues moi aussi.
    Mais au bout d'un moment comme le dit très bien Miss Zen, la maman doit s'ECOUTER ELLE et pas seulement essayer de comprendre les messages de son bébé. C'est un équilibre difficile à trouver mais une fois qu'on l'a, BONHEUR !
    MissZen tu as écrit ce que j'ai écrit il y a peu, tu te souviens ?
    Alors oui moi aussi je laisse Clotilde pleurer UN PEU, je lui montre comme je suis BIEN en tant que femme et à quel point ça va lui ouvrir les portes d'une féminité saine. Je ne suis pas l'esclave de mon bébé. Je sais l'écouter mais non, je ne lâcherai jamais mon objectif: le rendre indépendant, heureux et moi, être tranquille aussi. Voilà

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  6. Dans notre cas, j'ai envie d'écrire « On ne nait pas maman on le devient »…

    A chacune de trouver sa voie, parmi la multitude de conseils qui fourmillent dans les livres, que les copines nous donnent, que nos lectrices osent nous laisser via les commentaires… à chaque maman de trouver ce qu'elle veut partager avec son enfant…

    En tout cas il est bon de lire un tel billet, de te retrouver, centrée, ayant trouvé un nouveau point d'équilibre qui te va bien…

    Ici c'est le désordre qui règne pour l'instant… mais à 15 jours de vie, je me dis que je ne peux pas attendre plus 😉

    je t'embrasse fort Miss Zen !

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  7. ah oui moi j'ai trouvé qu'accoucher c'etai thyper easy à côté de ce qui suit! se retrouver « seule » avec un petit qui dépend entièrement de toi, tous les conseils qu'on te prodigue et qui ne vont jamais dans le meme sens… c'est hyper dur et j'ai pleuré bien des fois les premieres semaines. Je galérais pas pour le sommeil (quoique la journée le mien il dort pas du tout voilà pourquoi jene peux pas mettremon blog à jour) mais pour l'allaitement et finalement, 8 semaines plus tard j'ai les preuves que j'ai pas mal fait… tout ça pour dire que ton pediatre t'a aidée à trouver la clé: il faut faire comme tu le sens. mais parfois ça fait peur de se faire confiance à soi-même…

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  8. Ladylaeti : oh ils sont si malins, ils comprennent si vite mais c'est dans les 2 sens : a leur âge, on peut vite rattraper la mayonnaise…

    May : je crois qu'il n'y a pas 2 mamans identiques et je crois que chacune suit son chemin mais que les debuts ne sont faciles pour personne, à des degrés divers.

    Anonyme : lentement… qui va piano, va sano : n'est-ce pas ?

    Desmoulins : chacune sa route mais on a toutes des hauts et des bas. Je vais bien car Antoine va bien mais je sais que ce n'est pas un long fleuve tranquille….

    MissBrownie: je ne crois pas qu'il y ai une methode. Il y a un bebe, une maman, une histoire et chacune fait comme elle le sent….. Ce serait trop facile si il y avait une recette !

    Ficelle : c'est le monde a l'envers !!!!!

    La400 : je ne sais pas ce que c'est qu'un comportement normal, je n'aime pas les normes…. Je me suis fait confiance, j'ai fait confiance à mon bébé de 4 mois 1/2. J'essaye de ne pas me prendre la tête avec toutes ces théories, les dikats qui m'ont pourris les premiers mois. Je me sens mieux et visiblement Antoine, aussi. Pour le reste, qui vivra verra….

    Belliflora : je crois effectivement qu'un bébé se sent rassuré par une maman en confiance et sure d'elle-même. Il n'est pas question de laisser brailler nos bébés toute la journée mais de les écouter, de faire la différence entre leurs pleurs …. Allez, continuons notre route avec zenitude. Merci

    Le Chat : la tempête qui va bientôt se calmer….assez vite, on aperçoit le rivage au loin…. moi ça y est, je suis sur le rivage, j'ai séché au soleil, je suis prête pour explorer l'île et m'installer pour une belle histoire…. et a chacune sa manière, on est bien d'accord, comme toujours !

    Minisushi : complètement d'accord, l'accouchement m'a semblé si facile car on est tellement entourée !
    C'est apres que c'est TRES difficile, le grand saut dans le vide (et oui des torrents de larmes pour moi aussi). Mais on finit par trouver son chemin, en se trompant et en apprenant petit à petit à se faire confiance….

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