Ma Quête : Le roman d'Oncle Charles

Ma Quête : les origines

Cette semaine, je n’ai pas trop envie de parler de ma vie qui tourne un peu en rond. J’y reviendrai mais j’ai besoin de faire une pause confinement.

J’ai envie de reprendre mon brouillon sur la vie de mon grand oncle, en commençant par vous parler de sa maman.  Dans les récits de mon père, elle n’avait pas de prénom : seules ses qualités d’excellente cuisinière l’avait sauvée d’un oubli complet.  

J’ai donc trouvé son nom sur un morceau de papier puis j’ai creusé : diverses archives, des sites de généalogie et surtout Ancestry.com. Il se trouve que les registres de l’église luthérienne ont été très bien tenus et que l’on peut presque tout trouver en ligne. Voila le résumé un peu brut de ce que j’ai découvert : 

 

Luise Katharine Beutel naît le 7 août 1869 dans le Royaume du Wurtemberg à la frontière de la France, de la Suisse et de la Bavière. C’est une région essentiellement agricole, pieuse et assez pauvre : de grands contingents d’émigrants partiront du Wurtemberg vers l’Amérique (ce qui explique que les archives de cette région soient disponibles sur ancestry.com, site de généalogie américain).

Son village, une petite bourgade, se trouve non loin de la Forêt-Noire, en pays Souabe, on y parle ce dialecte allemand qu’elle utilisera jusqu’à la fin de sa vie.

Ses parents Johannes et Johanna, tous deux luthériens, ont déjà 33 et 29 ans à la naissance de Luise, leur premier enfant. Luise aura  six frères et soeurs qui verront le jour en l’espace de neuf ans. Son père Johannes est vigneron ; la vie ne doit pas être facile entre la guerre franco-allemande de 1870  à leur frontière, les sept enfants à nourrir et des étés particulièrement chauds.

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Luise ne ressemble en rien au prototype de l’Allemande de carte postale : elle est petite, un visage rond entouré de magnifiques cheveux noirs jais, un regard à la fois doux et pétillant mais un menton un peu fort et des lèvres trop minces l’empêchent d’être vraiment séduisante.

Il est peu probable que Luise ait été scolarisée ou alors  juste assez pour apprendre à lire (la Bible) et à compter, soit le strict nécessaire pour en faire une bonne ménagère et une bonne mère.Dans cette Allemagne très conservatrice, on demande surtout aux femmes d’être pieuses, dévouées et résignées.  Aînée de la famille, elle a sans doute dû apprendre très tôt à travailler, à aider sa mère, à l’épauler dans les tâches ménagères,

L’existence s’écoule dans la chaleur d’un foyer traditionnel au milieu des vignes, des collines et des clochers de cette Souabe simple et pastorale. La famille semble unie ;  les frères et soeurs resteront longtemps en contact. Mais les temps sont certainement rudes.

Et Luise doit travailler et cesser d’être une bouche à nourrir. Les opportunités ne sont pas nombreuses pour les femmes en cette fin de XIX siècle et encore moins pour une jeune fille de la campagne.

Dans quelles circonstances va-t’elle se retrouver à Leipzig,  à 400 km de chez elle ?

Leipzig est alors une ville en pleine expansion ; elle est le centre mondial de l’édition et du commerce de la fourrure, on l’appelle “Le petit Paris”.  Leipzig est une ville très commerçante, la troisième après Berlin et Hambourg. La population y double en 20 ans, les richesses et le luxe suivent le même rythme. La bourgeoisie y est en plein essor et la demande de domesticité très forte. 

Trois fois par an, y sont organisés de grandes foires connues depuis le Moyen Age : des artisans, des commerçants viennent de toute l’Allemagne et de toute l’Europe pour y vendre leurs marchandises. Johannes, son père venait-il à Leipzig vendre son vin ou venait-il pour acheter du matériel ? A-t’il entendu qu’on engageait des domestiques à tour de bras ?

Luise va être placée, officiellement comme servante. Je crois qu’elle a dû être employée dans les cuisines : ses talents sont parvenus jusqu’à moi, à travers les récits de mon père mais aussi à travers ses recettes transmises à Marraine Gâteaux (la soeur de ma grand-mère et la seconde épouse d’Oncle Charles) et notamment son cake au citron dont le souvenir me fait  toujours saliver ainsi que sa recette de kirsch dont ma mère fait bon usage chaque année à Noël.

Elle est probablement logée à demeure :   Wettiner Strasse se trouve dans les beaux quartiers entre Johanna Park et le Rosenthal.  Là,  s’alignent des immeubles robustes et opulents, construits par les grands éditeurs et les rois de la fourrure. De l’autre côté du parc Chaim Eitingon, le Rothschild de Leipzig, l’empereur des fourreurs  y a fait construire une magnifique demeure.

Comment une jeune fille de la campagne  s’adapte-t elle seule dans ce qui est à son échelle une mégalopole ? Elle est si loin de sa famille, de ses repères, de son église, et de ses chères plaines souabes qui sentent bon le blé, les sapins et le cuir. Elle est seule et sa vie est très certainement harassante.

Que s’est-il passé pour que le 5 février 1891,  à 3h45,  elle accouche seule, à 23 ans d’un petit garçon ?  

Sur l’acte de naissance on peut lire :   “ Devant le soussigné officier d’état-civil est apparu aujourd’hui, la sage-femme Ida Flenker née Geißler, habitant à Leipzig Lessingstraße numéro 29, et a déclaré qu’est née de la femme non mariée, Luise Katharina Beutel, servante de religion évangélique luthérienne, vivant à Leipzig Stettiner Straße Numéro 14 en son logement le 5 février 1891, à 3h45 du matin, un enfant de sexe masculin, qui porte le nom de Karl Robert, la déclarante déclare qu’elle était présente lors de l’accouchement de la  non mariée Beutel.

Lu, reconnu et signé

Ida Flenker geb. Geissler

Pour l’officier d’état-civil 

Le petit Charles n’a pas de patronyme,  apparemment pour l’instant pas de père reconnu et contrairement à la légende familiale pas de cuillère en argent dans la bouche.

 

 

7 réflexions au sujet de « Ma Quête : les origines »

  1. Tu sais on tourne tous en rond en ce moment. Mais en même temps, je me demande si on ne vit pas comme on devrait vivre au moins quinze jours par an, histoire de laisser la planète en paix et les animaux. En tous les cas c’est un beau récit qui m’a fait plaisir de lire en ce dimanche de Pâques, trop païen je trouve. Bonne semaine !

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    1. Je crois que ce serait plus facile à vivre si on avait une date de sortie. C’est l’incertitude qui mine. Car sinon il y a des bons côtés à ce ralentissement. Merci pour ton commentaire et ta fidélité.

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      1. Tu pourras faire un article sur les ressources que tu as dû utiliser, et comment tu les as trouvées (ah moins que tu ne l’aies déjà fait, dans ce cas toutes mes excuses!)?

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  2. Ton récit est toujours aussi passionnant, je me régale à chaque fois. Quel destin que celui de Luise, j’espère que tu auras d’autres choses à nous apprendre sur elle. Merci de la faire revivre pour nous ❤

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