Ma Quête : Le roman d'Oncle Charles

Ma Quête 5 : les mystères du père.

Petit résumé de l’épisode précédent : Luise Beutel accouche seule à Leipzig d’un petit garçon prénommé Karl, un fils sans père, mon grand-oncle.

Luise et Karl se retrouvent seuls au monde : seuls face à la vie, seuls face à la société, face au mépris, à l’ostracisme.

Il faut imaginer ce que cela représente d’être fille mère à la fin du XIX siècle : la disgrâce et la honte particulièrement pour les femmes de milieu modeste. Toutes étaient évidemment contraintes d’abandonner  l’enfant si elles n’avaient pas trouvé une solution pour avorter dans des conditions épouvantables ou un homme complaisant pour les épouser (une dote confortable aidait parfois les plus fortunées).  

Est-ce de ces mois passés dans l’angoisse qu’elle a gardé ce voile de tristesse, de crainte dans le regard ? Pourtant, Luise n’abandonne pas son fils. Pourquoi ? Connaît-elle le père ? Est-elle certaine qu’il l’épousera ? Ou quelqu’un lui a promis un arrangement, une solution ?  A-t’elle été imprudente ou victime d’un droit de cuissage ce qui était extrêmement commun dans la domesticité. Elle a apparemment accouché dans son logement chez ses employeurs : ils devaient donc être au courant. Pourquoi ont-ils été conciliants ?  Les questions se bousculent : les scénarios sont infinis.

Elle prénomme son fils Karl comme le roi de son pays natal, comme son frère, comme son futur mari. Mais son nom complet est Karl Robert comme un autre personnage dont je n’ai eu connaissance que très récemment.

Trois mois plus tard, son destin et celui de son fils bascule. Coup de théâtre (ou pas),  elle épouse à la mairie de Leipzig,  Friedrich Karl Müller qui reconnaît l’enfant dans la foulée.

Qui est ce Friedrich, d’où sort-il ?  Est-il vraiment le père biologique ?  Et si c’est le cas  : pourquoi est-il parti ? Pourquoi n’a-t’ il pas épousé Luise et reconnu son fils plus tôt ? Pourquoi l’avoir laissée mettre seule leur enfant au monde ?  

Les questions sur le père présumé sont nombreuses et ses origines nébuleuses. 

Il serait né le 5 février 1867 à Döbeln, un village situé à 70 km de Leipzig. Mais je n’ai trouvé aucune trace de lui dans les registres de la paroisse, ni sur Ancestry.  Dans différents documents de domiciliation, il mentionne à plusieurs reprises un certificat de naissance délivré en 1886 par un pasteur nommé Krecht.  J’ai écrit et échangé plusieurs fois avec une fille très sympathique à la mairie de  Döbeln : il y a bien eu un pasteur Krecht mais aucune trace de la naissance d’un Friedrich Karl Müller. Et pourquoi un certificat de naissance délivré 19 ans après ?  Pourtant les registres des églises luthériennes sont très bien tenus et très complets, j’ai très facilement retrouvé les traces de Luise mais presque rien sur son mari.

Élément encore plus troublant,  mon oncle avait confié à Denise ne pas être Allemand mais Autrichien ?  Le mystère s’épaissit encore un peu plus. Friedrich, son père était-il en fait Autrichien, ou bien son père biologique, ou avait-il simplement  décidé que l’Autriche était sa patrie de coeur après tous les malheurs que ses origines allemandes lui avait causés ?

Sur ces mystères, ces incohérences, ces incertitudes : j’ai ma petite idée, sans doute très romanesque mais la réalité ne dépasse-t’ elle pas souvent la fiction ? 

Voilà pour la carte d’identité incomplète. Reste à savoir ce que fait Friedrich pendant la grossesse de sa future épouse, où est-il le jour de la naissance ?  Il est en voyage. 

Je sais qu’en juillet 1890, soit à peu près deux mois après la conception de Karl /Charles : il quitte Londres et arrive à Bruxelles,  il  demande un visa longue durée de 6 mois. Il ne semble pas pressé  de retourner à Leipzig. Il s’installe chez un cabaretier, rue de longs chariots dans le centre de Bruxelles.

Et maintenant, la grande question : quand était-il arrivé à Londres, avant ou après la conception de mon oncle ? Je n’ai qu’un élément de réponse :  il y  a séjourné suffisamment longtemps pour que les autorités locales adressent un rapport de bon comportement à la “Sûreté de l’Etat” en Belgique (nos services secrets).

J’ai écrit aux archives de la ville de Londres mais pour l’instant j’ignore toujours si Friedrich Karl Müller était le père naturel ou le père adoptif. J’ignore d’ailleurs à peu près tout de lui.

Mais je sais ce qu’il faisait à Bruxelles et à Londres.  Je vous en parlerai dans le prochain billet.

 

10 réflexions au sujet de « Ma Quête 5 : les mystères du père. »

  1. Passionnant ! Je suis très sensible au courage de la mère de garder l’enfant vu l’époque. D’autant plus lorsque je pense à comment ça se passait, ce qui se disait dans mon enfance, ma jeunesse, au sujet des naissances hors mariage. Agée d’un peu plus de 60 ans, on parlait de fille mère et on en parlait très mal. Très vite, j’ai pensé que ces femmes, montrées du doigt, ne les avaient pas conçues seules ces enfants et trouvé très injustes les critiques dont elles étaient l’objet. Sans le savoir, je découvrais la sororité.

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    1. Belle conclusion mais c’est vrai que toute la culpabilité et la honte reposaient uniquement sur les femmes. Et puis j’imagine à peine ses angoisses pendant la grossesse…..enfin je ne sais pas tout de cette histoire.

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  2. Je me rends compte de ton gros travail de recherches en lisant cet article. Mais si tu ne trouves pas la vérité, tu peux l’inventer, c’est le job de l’écrivain 🙂 en tous les cas, merci pour cette histoire qui passionne tes lecteurs.

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    1. Oui tu as raison et ce sera la phase suivante. Je considère ces billets comme une sorte de récapitulatif, de mise à plat chronologique de mes recherches et je constate que ça m’aide énormément.
      et merci à toi pour ta fidélité 🙂

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  3. Travail de fourmi. Passionnant et courageux. L’oncle Charles, par dessus votre épaule, veille.
    Merci pour le partage, votre plume est agréable à lire.
    Bonne continuation Miss.

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    1. Comme ça me fait plaisir. J’espère qu’il est heureux de cette démarche. Je me suis souvent demandée si il aurait été contrarié de ces fouilles dans son passé ou content de ne pas être oublié….
      Merci pour ce gentil commentaire.

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  4. Le mystère s’épaissit, tu nous tiens en haleine 😀 J’adore cette façon que tu as de raconter ta quête, on s’y croirait, en train d’éplucher ces documents avec toi ! Vas-tu nous faire part de ton hypothèse romanesque dans un prochain billet ?

    Et, petit aparté : bien sûr que la vérité dépasse souvent la fiction ! Je dis souvent, quand je tombe sur des faits historiques hautement improbables, que dans le cadre d’un roman, un éditeur pointilleux dirait certainement à l’auteur/l’autrice : « Non, mais il ne faut pas exagérer là. Ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter… » (L’exemple qui me vient à l’esprit, c’est la sœur du Duc d’Edinbourgh qui accouche dans un avion juste avant le crash de l’appareil, comme on peut le voir dans The Crown. J’ai vérifié sur Wikipedia tellement ça me paraissait énorme, mais c’est vrai !)

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